La réunion de la BCE d'hier a donné lieu à d'importants mouvements sur les marchés. Sur l'EUR/USD, on a par exemple pu constater une forte baisse, avant que la paire annule ses pertes tout aussi rapidement qu'elles avaient été enregistrées.
La Banque Centrale Européenne a annoncé un package de mesures d'assouplissements monétaires comprenant notamment une baisse du taux de dépôt de 0.1% et un QE illimité de 20 milliards d'Euros par mois. Cependant ces annonces étaient globalement anticipées, de même que l'abaissement des prévisions de croissance et d'inflation qui a aussi été annoncé hier.
En réalité, la véritable surprise de la réunion de la BCE a résidé dans un message que Draghi a adressé au monde lors de sa conférence de presse.
Interrogé sur l'unanimité au sein du conseil des gouverneurs dans les décisions prises par la BCE (ce qui a été le cas), Draghi a préféré répondre :
"Il y a eu unanimité sur le fait que la politique fiscale devrait devenir le principal instrument. Tout le monde était d'accord là-dessus. Il est grand temps que la politique fiscale prenne les choses en main."
Et il ne l'a pas seulement répété une fois, puisqu'il a aussi fait allusion à la nécessité d'une politique budgétaire de la part des pays de la zone euro à plusieurs reprises en répondant aux questions des journalistes :
"La politique de taux négatifs est un outil nécessaire et a de nombreux effets positifs. Comment accélérer ces effets positifs pour que les taux d'intérêt puissent remonter à nouveau ? La réponse est encore une fois, la politique fiscale."
Essentiellement, le message que Draghi a voulu faire passer est sans doute que la politique monétaire ne peut résoudre les problèmes de la zone euro à elle seule. Les gouvernements doivent en effet utiliser le levier budgétaire pour tenter de lutter contre le ralentissement économique et la menace d'une récession.
Si Mario Draghi ne quittait pas ses fonctions fin octobre, on aurait pu penser que ces déclarations signifient que la BCE n'ira pas plus loin avant que les gouvernements n'agissent eux aussi.
Cependant, ce sera à Christine Lagarde de décider si la BCE doit assouplir sa politique monétaire à nouveau avant la fin de l'année ou non.
La question sera donc désormais de savoir dans quelle mesure les décisions prises par la BCE hier parviendront à freiner le ralentissement économique et à renforcer les anticipations d'inflation.
Or, beaucoup d'économistes ont souligné qu'il y a peu de chances que ces mesures aient un impact réel significatif, et la BCE dispose de peu de marge de manoeuvre supplémentaire pour assouplir davantage.
Et quand les marchés réaliseront que la BCE ne peut pas faire grand chose et qu'il se tourneront vers les gouvernements, le manque de soutien budgétaire pourrait finir par faire baisser significativement l'euro, les investisseurs faisant face à l'absence de perspectives d'amélioration en Europe.

